Fabrication des bols chantants au Népal : la main et la conscience de l’artisan

Ces lignes relatent ma vision personnelle qui est le fruit d’une expérience de quelques séjours au contact d’artisans népalais ou indiens qui œuvrent avec conscience à la fabrication des bols chantants suivant une technique ancestrale. Il me semble important de rendre hommage à la main qui est le prolongement de la conscience de l’ouvrier qui œuvre pour la réalisation des bols avec patience.

Le rôle du temps et de la répétition dans la fabrication des bols chantants au Népal

Ce travail répétitif de martellement dans un vacarme assourdissant devient une concentration prolongée voire une méditation. Il s’agit bien ici de patience qui est la suspension temporaire du désir d’achèvement (cf. Ce que sait la main, Richard Sennett).

J’ai commencé tout d’abord par approcher le bol avec des critères spécifiquement occidentaux :

«  comment c’est fait ? En quelle matière ? » «  à quoi cela sert ? » «  combien cela coûte ? », etc.

Mais je me suis rendu compte que ce n’était pas si simple de se faire accepter par ces personnes qui sont dotées d’un savoir faire précieux et d’une dignité qu’ils ne veulent pas voir entachée à l’aune du regard d’un « blanc ».

Il m’a fallu donc du temps pour mettre les pieds dans leur atelier. J’ai dû passer un examen de contrôle pour vérifier si j’étais apte à voir ce que je devais voir compte tenu de mon regard et de mon jugement issu d’une autre culture.

Ma première réaction fut de constater que l’atelier de fabrication des bols chantants n’est pas qu’un espace de travail mais aussi l’endroit où ils mangent, où ils dorment, voire où ils élèvent leurs enfants. J’ai compris pourquoi il fallait que mon  regard d’Occidental soit aiguisé pour voir ce qu’on était prêt à me montrer.

Les artisans œuvrent par équipes de 5 ou 7 personnes interchangeables. Les moyens sont précaires, un four qui rend l’atmosphère étouffante et dans un bruit assourdissant. Des pinces, des marteaux et des moules parsèment le sol constitué de terre battue. Le toit est en tôle. On comprend aisément pourquoi le travail commence très tôt le matin.

La fabrication des bols tibétains chantants : une expérience qui engage tous les sens

Comment peut-on être complice de telles conditions de travail ?

Je revins avec du nécessaire de sécurité : gants, lunettes, bouchons d’oreilles, masques. Je m’en inquiétais lors de mon séjour suivant, et force fut de constater que tout était resté dans les cartons d’emballage. A mon troisième passage, ils avaient mis enfin la panoplie sécuritaire, d’un blanc immaculé, juste pour la photo !

Je compris par la suite pourquoi ils ne mettaient pas les lunettes que je leur avais apportées. La transpiration créait de la buée qui rendait impossible la vision du métal en fusion. C’est une couleur bien précise (et non un thermomètre) qui indique la température nécessaire pour marteler le métal.

Le métal sonne différemment en fonction de sa température. Les bouchons d’oreilles limitent la perception auditive qui permet de savoir quand remettre le métal à chauffer.

Quant aux gants : ils empêchent la perception tactile du manche du marteau, surtout qu’ils travaillent très rapidement à trois pendant que la matière est suffisamment malléable.

Que dire également des odeurs qui se dégagent des métaux en fusion ou trempés dans l’eau pour les refroidir !

Un savoir faire irremplaçable qui perpétue la tradition dans la modernité

Les raisons évoquées n’étaient pas des arguties même si la raison primordiale est avant tout financière. « On préfère plus d’argent que des gants et des lunettes. » Ces artisans sont bien payés comparativement à d’autres Népalais appartenant à des castes inférieures. Ils ont appris leur métier après de nombreuses années d’apprentissage au contact de leur maître du feu qui les a initiés.

Mais avec le temps, à ma grande satisfaction, je m’aperçois que les gants sont utilisés à des fonctions différentes que celles auxquelles je pensais les destiner initialement. Tout est ainsi préservé : leur savoir faire ancestral et l’adaptation à des protections sanitaires et sécuritaires, qui se met en place progressivement.

A noter que de plus en plus on trouve des bols chantants qui sont fabriqués de façon plus industrielle, qui donnent l’allure également de fabrication artisanale mais qui n’ont pas la même richesse d’harmoniques. A contrario des bols traditionnels, comme ceux que je vais choisir sur place, ils perdent en richesse avec le temps.

Ce serait dû notamment à l’intensité de la matière beaucoup plus creuse et donc moins dense car travaillée moins intensivement.

Je crois que l’énergie et l’intention transmise par ces artisans qui œuvrent le métal se diffusent dans l’alliage pour faire corps avec la matière pendant le processus de fabrication des bols chantants. C’est peut-être cela, le fameux mystère des bols tibétains chantants !

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